Chez Séverine

Ses lectures et autres passions

16 janvier 2008

Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin

C'est l'histoire de la conquête ou du moins la tentative de conquête de territoires situés sur le continent sud américain par des Français de la Renaissance. En 1555, le chevalier Nicolas de Villegagnon  part avec plusieurs bateaux vers le Nouveau Monde pour implanter une colonie française. Parmi les passagers se trouvent deux enfants qui ont été plus ou moins contraints d'embarquer. Ces deux pré-adolescents (Colombe et Just) ont été choisis pour devenir les interprétes entre la future colonie française et les indiens : étant enfants, le chevalier de Villegagnon pense qu'ils apprendront la langue plus rapidement que les adultes. La traversée est mouvementée mais cela n'est rien en comparaison avec l'arrivée sur l'île brésilienne et le chaos qui va régner. Face à la révolte de certains, le besoin de fortifier l'île, le chevalier de Villegagnon fait appel à des renforts de France : ceux-ci arrivent et sont composés en grande majorité par des protestants : l'île devient le théatre d'une guerre de religion. Colombe découvre et adopte rapidement la vie avec les indiens et s'intégre à eux, Just est plus indécis, il se cherche un peu plus.



Mon avis : l'auteur décrit ici une belle fresque historique et m'a fait décrouvrir un épisode de l'histoire de France : la tentative de conquête des terres brésiliennes. Le personnage de Villegagnon est intéressant et complexe, parti de France comme humaniste, il se comporte sur place en intolérant vis-à-vis des protestants.
Deux mondes s'opposent : l'Europe avec ses nations conquérantes (lutte de pouvoir entre les Portugais, Français) 
et le monde indien proche de la nature avec son sens du sacré.

Note : 4/5

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28 octobre 2007

Mangez-moi de Agnès Desarthe

"Suis-je une menteuse? Oui, car au banquier, j'ai dit que j'avais fait l'école hôtelière et un stage de dix-huit mois dans les cuisines du Ritz. Je lui ai montré les diplômes et les contrats que j'avais fabriqués la veille." C'est ainsi que Myriam, l'héroïne du roman, a eu son emprunt à la banque et a pu ouvrir son restaurant qu'elle baptise Chez moi. Ce nom est d'autant plus réaliste que c'est aussi là qu'elle vit n'ayant pas les moyens de payer un loyer. Myriam rêve son restaurant comme un lieu de rencontre, de plaisir gastronomique. Idéaliste, elle s'imagine un peu l'endroit comme un phalanstère où règne une vie communautaire harmonieuse. A sa propre surprise, son restaurant marche très bien devient vite un endroit incontournable du quartier. Vincent, le fleuriste, offre ses produits pour embellir l'endroit. Simone et Hannah, deux amies étudiantes, élisent Chez moi comme leur cantine et Ben, jeune étudiant, devient un peu le gestionnaire de l'endroit. Entouré de ses nouveaus amis, Myriam cache une terrible blessure : son fils Hugo qu'elle n'a pas revu depuis des années. Au fil du roman, on apprend le passé de Myriam et l'origine de cette blessure.

Mon avis : j'ai bien aimé, je suis vite rentrée dans l'histoire de Myriam : rêveuse avec un passé trouble. Les personnages sont attachants. Au fur et à mesure du roman, l'auteur dévoile le passé de Myriam et les raisons qui l'ont amené à ouvrir ce restaurant. Ce n'est pas un roman très réaliste : le restaurant marche bien, les voisins / habitants du quartier sont là pour l'aider : ils forment une communauté solidaire, s'entre aident, il n'y a pas de concurrents antipathiques, de jaloux... Mais c'est une lecture agréable et bon pour le moral.

Note : 3.5/5

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21 octobre 2007

Le cri du peuple de Jean Vautrin

Le roman a pour toile de fond la Commune de Paris de 1871. Suite à la guerre entre la France et la Prusse et l'avancée des troupes ennemies dans la capitale, le gouvernement français s'est retiré à Versailles ce qui provoque la colère et la révolte du peuple de Paris. La ville est à feu et à sang, la famine guette... Le peuple de Paris (les Communards) prend les armes contre les militaires (les Versaillais) pour essayer d'établir de nouvelles règles démocratiques. C'est la confusion totale, les bâtiments brûlent, les habitations sont saccagées, des barricades sont érigées...Dans ce tourbillon, divers personnages vont se rencontrer, des personnages au destin singulier. Grondin, ex-taulard, rongé par le ressentiment partage un lourd secret avec Antoine Tarpagnan, capitaine de la garde nationale devenu un héros car il a refusé de tirer sur la foule. Ce même Tarpagnan, bel homme, a une passion pour les femmes et particulièrement pour la prostituée Gabriella Pucci dit Caf'Conf.

Mon avis : très belle fresque historique et romanesque, les personnages sont attachants. Au fur et à mesure du roman, les personnages s'affirment, leur portrait psychologique est de plus en plus intéressant et affiné. La nature de l'être humain est révélée : tantôt admirable tantôt odieuse. C'est aussi une véritable intrigue policière doublée d'un fond historique. C'est captivant, bien écrit. Une vraie réussite. A découvrir.

Note : 4/5

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16 octobre 2007

Nu couché de Dan Franck

Lev Korovine, peintre d'origine russe installé à Paris au début du XXème siècle s'est engagé comme volontaire lorsque la première guerre mondiale éclate. Il est incorporé dans une section de camouflage (la technique des formes a été développée par les cubistes). Blessé pendant une embuscade, il reste aux côtés d'un camarade Félix pendant plus de onze heures avant d'être évacué. Lui s'en sortira, pas Félix qui agonisant n'a cessé de lui murmurer le nom d'une jeune femme : Mareva. Revenu à  Paris, Lev constate qu'il ne peut plus peindre : les horreurs des tranchées, la monstruosité de la guerre l'ont transformé. Il n'a qu'une obsession : retrouver Mareva. Pour y arriver, il est prêt à traverser l'Europe...

Mon avis : très beau roman, pour tous ceux qui aiment l'art, l'histoire. Je l'ai découvert grâce à Nanne, son commentaire se trouve ici. L'auteur décrit le retour difficile de Lev à une vie normale : mais comment y arriver après avoir vécu l'horreur des tranchées .
L'action du roman se situe à Paris dans le quartier de Montparnasse principalement, l'auteur nous fait revivre avec émotion l'époque où des artistes (Soutine, Max Jacob, Foujita, Modigliani, Picasso..) vivaient dans cet arrondissement, ils côtoyaient leurs modèles, les prostitués, fréquentaient le café de la Rotonde. Ils étaient tous plein d'énergie, d'une incroyable richesse artistique et pour la plupart sans le sou. L'auteur décrit avec justesse la solidarité qui les unit.
Roman à découvrir, très plaisant à lire.

Note : 4.5/5

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21 septembre 2007

Dora Bruder de Patrick Modiano

Ce roman est basé sur un avis de recherche que Patrick Modiano a lu en 1988 dans un vieux quotidien daté du 31 décembre 1941 qui dit ceci « recherche Dora Bruder, 1.55m, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris ». Dora est une jeune fille qui a fugué, ses parents des Juifs originaires d'Europe de l'est ont signalé sa disparation à la police française.
A partir de cette annonce, Patrick Modiano va essayer de reconstituer la vie de Dora et de sa famille, il se lance dans une enquête minutieuse. Ses recherches le ramènent dans le Paris occupé et même dans le Paris d’avant-guerre. Il retrouve des rapports effectués par l’administration française et essaie de reconstituer l’itinéraire de la jeune fugueuse. Il arpente les rues où habitait la famille de Dora, des juifs de l’Europe de l’est et essaie d’imaginer leur vie.
Au travers son enquête, on revit les tragiques événements de la France occupée et le sort des Juifs.

 

Mon avis : l’histoire de cette jeune fille est bouleversante, à travers ce roman on revit les années noires de l’occupation allemande et de la collaboration de l’Etat français. C’est un roman triste, mélancolique et beau à la fois.  Dora Bruder ainsi que ses parents ont été arrêtés et envoyés dans des camps de concentration d'où ils ne sont pas revenus.

Note : 4/5

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15 septembre 2007

La première habitude de Françoise Lefèvre

Marie est la compagne de Raphaël, artiste peintre qui a du mal à vendre ses toiles. Le roman, en partie autobiographique, décrit la vie de ces deux jeunes amants. Ils se déplacent au gré de leur situation financière; Raphaël peint et Marie essaie de lui trouver des clients. Ils rencontrent parfois des gens généreux, attendris par leur couple qui leur prêtent soit un toit soit de la nourriture en échange de toiles. Leurs aventures les amènent en Suède, en Allemagne et au Moyen Orient. Marie est une jeune femme très attachante et soucieuse du bien être de Raphaël et de leurs deux filles, en revanche on sent dès le début du roman que Raphaël est assez ingrat envers Marie. On se demande comment le couple va affronter la vie et quelle sera l’évolution de leur rapport.


Mon avis : très beau roman, l’écriture est très pure, simple et poétique à la fois. Je ne connaissais pas du tout cet auteur que j’ai découvert par hasard à la bibliothèque. J’ai beaucoup aimé l’histoire de ce couple et la façon dont l’auteur aborde les thèmes de la solitude, les rapports amoureux et les compromis qu’il faut faire. A découvrir.

Note : 4.5/5

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03 septembre 2007

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

1875 dans le sud de l’Italie, un voyou ayant passé 15 ans en prison pour vol, rapines revient dans le village de Montepuccio où il viole une vieille fille. De cette union contre nature naît un petit garçon : les villageois veulent le tuer prétextant qu’il n’apportera que malheurs et catastrophes. Le curé du village décide d’épargner le petit et l’emmène chez des pêcheurs dans le village voisin. Une fois adulte, il devient un bandit et de par ses méfaits accumule des richesses. Il se fait construire la plus belle maison de Montepuccio : les habitants sont à la fois effrayés de vivre près d’un bandit pareil et en même temps envieux et respectueux envers cet homme si imposant. Il se marie et a trois enfants. A sa mort, ses enfants mis à l’écart par le village, partent un moment tenter leur chance au Nouveau Monde mais reviennent dans ce village où ils sont bien décidés à se faire accepter et à mener une vie normale.

 

Mon avis : très beau roman, c’est un plaisir de suivre l’histoire de cette famille marquée par le sceau de la malédiction mais qui décide de s’en affranchir et de s’intégrer dans ce petit village du sud de l’Italie.
Les relations entre le curé et cette famille de parias sont aussi très intéressantes : on sent l’envie du vieux curé de ramener le premier de la lignée Scorta à la raison, l’envie qu’il a d’aider ces 3 frères et sœurs à se faire accepter par le village.
L’auteur décrit la vie rude des villageois : travail harassant dans les champs, dans les oliveraies, le soleil omniprésent. On s’attache à cette terre aride.

Note : 4/5

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29 août 2007

Intrigue à l'anglaise d'Adrien Goetz

Pénélope Breuil vient d’être nommée adjointe de la Directrice du Musée de Bayeux qui renferme la célèbre tapisserie décrivant les derniers rebondissements de la chevauchée de Guillaume Le Conquérant. Pas vraiment excitant comme premier job pense cette jeune conservatrice du patrimoine tout juste diplômée et spécialiste en égyptologie. Mais son affectation va être bouleversée par la tentative d’assassinat de la Directrice du Musée. Qui pourrait en vouloir à cette honorable dame spécialiste de la célèbre tapisserie ? Au même moment à Drouot réapparaissent des fragments de la tapisserie. Que représentent-ils ? Qui les veut ? Quels sont les conséquences pour l’histoire de France et d’Angleterre.

Pénélope, aidée de son ami Wandrille, va mener l’enquête en Normandie et à Paris. A travers leurs aventures, on revit une partie de l’histoire de France et d’Angleterre de 1066 à 1997.

Mon avis : roman qui mêle agréablement art, histoire et intrigues. C’est léger et érudit à la fois. On s’attache aux personnages de Pénélope et de Wandrille : ils sont jeunes, intrépides, dynamiques, intelligents.

Beaucoup de suspens et de rebondissements.

Note : 4/5

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21 juillet 2007

Dans la guerre d'Alice Ferney

Août 1914 dans le sud ouest de la France : Jules entouré de sa femme Félicité, de leur petit garçon Antoine et de sa mère Julia vit heureux sur l'exploitation agricole familiale quand la déclaration de guerre est proclamée. Jules est mobilisé et doit quitter sa famille pour rejoindre le front dans l'est de la France. Contrairement à certains jeunes hommes, il ne part pas la fleur au fusil et sait que cette guerre ne sera pas finie et gagnée en quelques semaines. Arrivé sur le front, il se lie d'amitié avec des camarades et aussi avec son supérieur. Là ils vivent l'enfer, l'attente des ordres d'attaquer les lignes allemandes mais aussi de trop rares moments d'amitié. Pendant ce temps dans l'exploitation agricole, les relations entre sa femme et sa mère se détériorent : sa mère soupçonne que l'enfant qu'attend Félicité n'est pas celui de Jules.

Mon avis : L'auteur évoque les liens qui se nouent pendant le conflit : les soldats venant de toutes les régions françaises apprennent à se connaitre et à s'apprécier. La vie des soldats est décrite entre horreur (pertes énormes pour peu d'avancée sur l'ennemi / vie effroyable dans les tranchées), amertume (ils ont l'impression de servir de chair à canons) et joie (lecture du courrier de leur famille, partage des colis). Les femmes restées seules apprennent également à gérer leur nouvelle vie. C'est un beau roman d'amour et de fraternité.

Note : 3.5/5

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07 juillet 2007

L'enfant de Bruges de Gilbert Sinoué

A Bruges, un bébé est abandonné devant la maison du peintre flamand Jan Van Eyck qui le receuille. Le peintre adopte le petit et lui donne comme prénom Jan. Initié très tôt à la peinture, il est l'apprenti de son père et devient compagnon afin de parfaire ses connaissances techniques et artistiques. Pendant ce temps, des artistes sont assassinés de manière cruelle et fort mystèrieuse : la communauté artistique commence à s'inquiéter d'autant qu'elle ne voit pas d'explications à ces meurtres.  Lorsque Jan Van Eyck meurt, le jeune Jan âgé de seulement 13 ans échappe de peu à la mort : qui en veut à cet enfant et quel secret a-t-il pour qu'on s'en prenne à lui? Aidé par un marin portugais, le jeune Jan quitte la Flandre et va en Toscane à la cour de Cosme de Médicis. Ce prince mécène accueillait et protégeait de nombreux artistes et intellectuels. C'est à Florence que le jeune Jan arrivera à déjouer une conspiration qui menace les artistes.

Mon avis : Gilbert Sinoué arrive à mêler histoire, religion, art et intrigue policière de manière convaincante et instructive. Certains faits et personnages sont rééls, d'autres en revanche sont complétement fictifs (comme le fils adoptif de Jan Van Eyck). L'intrigue est bien ficelée : on est tenu en haleine jusqu'à la fin du roman qui malheureusement est un peu bâclée et un peu confuse. Mais l'ensemble est intéressant et divertissant. La lecture de ce roman est facile.
On dit que le peintre Jan Van Eyck a découvert la peinture à l'huile ; ce n'est pas un fait vérifié. On sait cependant qu'il en a découvert les secrets et qu'il a développé et perfectionné la technique.

Note : 3.5/5

Les époux Arnolfini de Jan Van Eyck

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